dimanche 17 mai 2015


Les cieux racontent la gloire de Dieu
et l'œuvre de ses mains, la voûte céleste la proclame.
Le jour au jour en livre le récit
la nuit à la nuit en donne connaissance
Il n'y a pas de mots, pas de paroles, leur voix ne s'entend pas
mais par toute la terre en ressortent les traces
et leur langage jusqu'aux extrémités du monde...
Ps 19,2-5


Le psalmiste se tient d'abord silencieux.
Il écoute, et recueille les récits sans fin de la terre et du ciel, des jours et des nuits. A leurs palabres incessantes il tend l'oreille, et ces paroles lui semblent à la hauteur du mystère. Il s'imprègne des aubes pastel, des soirs apaisés, ou rugueux, de la rumeur du vent qui ploie les grands arbres, des marées puissantes, de la terre sous ses pieds. Certains jours, des lumières inouïes, une harmonie pleine, le laissent sans voix, le souffle coupé. Là encore, il écoute, attentif au chant qui depuis l'origine porte le monde, au Souffle qui couve la terre. Et peu à peu les mots lui viennent, timides reflets de la splendeur qui l'entoure. Timides mais indispensables. Mots d'émerveillement qui jalonnent le psautier, répits entre les plaintes et les questions, la mémoire et l'attente. Pierres de gratitude envers le Dieu de toute Vie, haltes sur le chemin.


samedi 4 avril 2015


Les Chants du Serviteur  

dans le livre d'Isaïe


Voici mon serviteur que je soutiens, (...) j'ai mis mon Esprit sur lui. Pour les nations il fera paraître le droit, il ne criera pas, il n'élèvera pas le ton, il ne fera pas entendre dans la rue sa clameur ; il ne brisera pas le roseau ployé, il n'éteindra pas la mèche qui s'étiole ; à coup sûr, il fera paraître le droit. Lui ne s’étiolera pas, lui ne ploiera pas, jusqu’à ce qu’il ait imposé sur la terre le droit (...).  Ainsi parle Dieu, le Seigneur, qui a créé les cieux et qui les a tendus (...) donné respiration à la multitude qui la couvre et souffle à ceux qui la parcourent : C'est moi le Seigneur, je t'ai appelé selon la justice, je t'ai tenu par la main, je t'ai mis en réserve et je t'ai destiné à être l'alliance du peuple, à être la lumière des nations, à ouvrir les yeux aveuglés, à tirer du cachot le prisonnier, de la maison d'arrêt, les habitants des ténèbres. Isaïe 42, 1-7

C'est un jardinier entre terre et ciel.
Il ouvre ses mains, et reçoit du ciel la pluie, l'Esprit, la force, et la parole; puis il fait sortir de terre le droit et la justice. Attentif à la croissance de ce qui encore est invisible, il retient sa voix en infinie douceur devant toute peine, toute flamme hésitante.
Mais lui est fort de la main qui le tient, comme elle tient la terre et le ciel, les mers et les terres habitées. Fort aussi du Souffle partout donné, souverain sur les ténèbres, sur toute ombre de mort.


Le Seigneur m'a appelé dès le sein maternel, dès le ventre de ma mère, il s'est répété mon nom. Il a disposé ma bouche comme une épée pointue, dans l'ombre de sa main il m'a dissimulé. Il m'a disposé comme une flèche acérée, dans son carquois il m'a tenu caché. Il m'a dit : « Mon serviteur, c'est toi, Israël, toi par qui je manifesterai ma splendeur. » Mais moi je disais : « C'est en vain que je me suis fatigué, c'est pour du vide, pour du vent, que j'ai épuisé mon énergie ! » En fait, mon droit m'attendait auprès du Seigneur, ma récompense, auprès de mon Dieu. (...) Isaïe 49,1-9

Parfois il hésite, à quoi bon tout cela; d'autres jours, ou les mêmes, sa parole est tranchante, souveraine à son tour. Quand il parle, autour de lui s'éclairent les cœurs, se révèlent les princes; le monde se remet à l'endroit. 
Il va son chemin de Juste, et cette route bientôt ne connait plus de frontières.



Le Seigneur Dieu m'a donné une langue de disciple : pour que je sache soulager l'affaibli, il fait surgir une parole. Matin après matin, il me fait dresser l'oreille, pour que j'écoute, comme les disciples. Le Seigneur Dieu m'a ouvert l'oreille. Et moi, je ne me suis pas cabré, je ne me suis pas rejeté en arrière. J'ai livré mon dos à ceux qui me frappaient, mes joues, à ceux qui m'arrachaient la barbe ; je n'ai pas caché mon visage face aux outrages et aux crachats. C'est que le Seigneur Dieu me vient en aide : dès lors je ne cède pas aux outrages, dès lors j'ai rendu mon visage dur comme un silex, j'ai su que je n'éprouverais pas de honte. Il est proche, celui qui me justifie ! (...) Isaïe 50, 4-10


Le voilà entre langue et oreille,  debout dans la fidélité des matins, la parole reçue posée comme un baume sur toute douleur. Mais sa voix se heurte aux chardons du monde, aux langues de vipère,  aux coups des envieux. Chaos du monde qui s'acharnent...  Consentement du Serviteur à la Lumière que rien n'arrête... 


Voici que mon Serviteur réussira, il sera haut placé, élevé, exalté à l’extrême. De même que les foules ont été horrifiées à son sujet – à ce point détruite, son apparence n’était plus celle d’un homme, et son aspect n’était plus celui des fils d’Adam –, de même à son sujet des foules de nations vont être émerveillées, des rois vont rester bouche close, car ils voient ce qui ne leur avait pas été raconté, et ils observent ce qu’ils n’avaient pas entendu dire (...). Il était méprisé, laissé de côté par les hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, tel celui devant qui l’on cache son visage ; oui, méprisé, nous ne l’estimions nullement. En fait, ce sont nos souffrances qu’il a portées, ce sont nos douleurs qu’il a supportées, et nous, nous l’estimions touché, frappé par Dieu et humilié. Mais lui, il était déshonoré à cause de nos révoltes, broyé à cause de nos perversités (...). Isaïe 52,13 et tout le chapitre 53 


Que dire de plus ?
Laisser la nuit descendre, le silence tout habiter. Recueillir les mots qui passent le tamis de la souffrance, traverser la ténèbre avec eux, en cueillir la sève de vie, et la laisser guérir toute peur et tout mal.
S'effacer devant la beauté du chant, limpide soudain, dans la puissance du Serviteur que plus rien ne tient captif.
Et au matin qui suit la nuit la plus profonde, écouter la Joie de La Ville, partir à la recherche du jardin où tout a commencé, et rencontrer Le Jardinier...







A Maud, qui a suivi le chemin du Christ Serviteur, et a rejoint cette semaine la maison du Père.


    



mardi 10 mars 2015



Jour d'orage au Temple

(Evangile de Luc, chapitres 19,45 au ch. 21,38)

La lumière délaisse toute prudence et prend sa part dans la colère qui s'annonce. L'ocre des pierres, le noir qui s'engouffre à l'horizon, tout prend un relief insoupçonné, comme une vérité trop longtemps étouffée, enfin prête à se déployer. Et voici l'homme de Nazareth qui entre. Il est aussitôt pris à partie par tous les corps constitués, ceux qui se drapent dans leur argent, leur savoir et leur pouvoir, fussent-ils religieux. En quelques mots sont dévoilés tous ces univers clos. Et lui trace son chemin, s'approche du cœur du Temple. Parmi ses  proches, quelques-uns ne peuvent retenir un cri d'admiration devant la majesté des pierres nappées de cette lumière inhabituelle. Mais lui, c'est vers une femme qu'il tourne son regard. Une veuve, pauvre aux yeux de ceux qui restent dans le monde obscur des apparences, aussi discrète que le bruit de ses piécettes dans le tronc. La lumière s'arrête sur elle, et les pierres de Salomon, les décors flamboyants ne voient plus qu'elle et son offrande, sa vie toute entière offerte. Ils l'attendaient depuis si longtemps. Et la voilà revêtue de la splendeur du lieu. Jésus seul la voit telle qu'elle est : leur tunique est de la même étoffe. Plus rien alors n'échappe à sa parole infiniment lucide qui voit et dit en ce jour plus loin que le présent. 


Merci à Anne pour la photo


dimanche 22 février 2015


Outre divine


Psaume 56. Un ennemi surgit, puis d'autres, et le filet se resserre, jusqu'à risquer de perdre le souffle, et la vie. Mais Dieu est là, et il fait sortir de la peur. Sur cette trame, se pose un verset :

"Tu as compté mes pas de vagabond,
dans ton outre recueille mes larmes
Ne sont-elles pas écrites dans ton Livre ?"  
(Ps 56,9)
L'outre de Dieu, pleine des larmes du Psalmiste qui se confie en Lui, de tous les psalmistes de tous les temps et par toute la terre, comment l'imaginer ? On reste sans voix devant cette étrange jarre, contours de l'immense sollicitude de Dieu devant qui rien n'est perdu, oublié, gommé, au sein de laquelle toute larme trouve sa place. Et l'on peine à deviner la mesure de cette divine poterie.
Mais allons un peu plus avant dans les sonorités hébraïques de ce verset : le mot employé pour dire l'errance, ou le vagabond, est "nod". L'outre, quand à elle, se dit "no'd". Entre les deux, un aleph de différence. Première lettre de l'alphabet hébreu, lettre silencieuse qui ne se prononce que par la voyelle qui lui est adjointe. Silence de l'âme ouverte, par la peine traversée, de l'oreille creusée, du souffle suspendu..? Dans la mystique juive, le aleph évoque aussi Dieu Lui-même. Symbolisme des lettres qui relaie le mouvement du psaume : entre l'errance et une histoire qui retrouve un sens, une Présence qui accueille. Le psaume bascule alors vers la confiance.
Aux bornes de ce verset, deux mots dont la racine est commune. Le premier signifie le fait de compter, le deuxième désigne le livre. Voilà donc nos pas comptés, nos larmes inscrites sur les pages du livre divin. Non plus erratiques, absurdes, perdues dans la friche du non-sens, mais recueillies dans Son journal intime enluminé de nos histoires, des pages où cheminer dans la lumière des vivants. 


dimanche 18 janvier 2015



Frères, vraiment.

Les histoires de frères balisent le premier livre de la Bible, la Genèse. Caïn et Abel, Jacob et Esaü, Joseph et  ses frères... Des histoires dûment répertoriées, qui habitent nos mémoires, nos livres et nos musées.
Mais il en est d'autres plus cachées, qui demandent au lecteur la même attention que celle qui permet à un compagnon de devenir un frère.
C'est au chapitre 13 de la Genèse. Abram et Loth cheminent ensemble. Loth est le neveu d'Abram, lien familial plusieurs fois rappelé dans ces chapitres.
Mais à trois reprises, Loth est présenté explicitement comme frère d'Abram. Non pas "parent" comme le proposent certains traducteurs visiblement gênés par cette soudaine proximité, mais frère, vraiment frère.
La première arrive dans un contexte tendu : Abram et Loth sont devenus riches, leurs gens nombreux. Le texte dit avec la sobre lucidité qui est la sienne : "Le pays n'assura pas les besoins de leur vie commune, car leurs biens étaient trop considérables pour qu'ils puissent vivre ensemble." Suite à des disputes entre leurs bergers, Abram prend l'initiative et dit à son neveu : « Qu'il n'y ait pas de querelle entre moi et toi, mes bergers et les tiens : nous sommes frères." Il lui propose alors la séparation de leurs routes, lui offrant de choisir le territoire qui sera le sien : " Si tu prends le nord, j'irai au sud ; si c'est le sud, j'irai au nord."
Au chapitre suivant, surgissent quatre rois en guerre. "Ils prirent Loth, le neveu d'Abram, avec ses biens. (...) Dès que celui-ci apprit la capture de son frère, il mit sur pied trois cent dix-huit de ses vassaux (...) et mena la poursuite jusqu'à Dan. Il répartit ses hommes pour assaillir de nuit les ennemis. Il les battit et les poursuivit jusqu'à Hova (...). Il ramena tous les biens, il ramena aussi son frère Loth et ses biens (...)."  C'est quand Abram apprend ce qui menace son neveu Loth, que celui-ci redevient  "frère". 
Voilà comment s'y prend le texte biblique : il glisse ce mot dans le récit, l'air de rien, lorsque celui-ci est clairement mis en actes, au cœur de situations difficiles. Quittant la grand‘route des affirmations de principe, des rêves généreux mais lointains, il suit les chemins escarpés de ceux qui donnent à ce beau mot de "frères" toute sa densité, sa gravité. Tout son poids, c'est-à-dire, en langue hébraïque, sa gloire.  

jeudi 1 janvier 2015



Heureux l'homme !




Heureux l’homme
qui ne prend pas le parti des méchants,
ne s’arrête pas sur le chemin des pécheurs 
et ne s’assied pas au banc des moqueurs,
mais qui se plaît à la Torah du Seigneur
et médite sa Torah jour et nuit !

Il est comme un arbre planté près des ruisseaux :
il donne son fruit en sa saison
et son feuillage ne se flétrit pas ; 
 tout ce qu’il fait réussit.

Psaume 1,1-3




L'image est connue, paisible, souveraine : un arbre au bord d'un cours d'eau qui porte feuillages et fruits en abondance. Elle ouvre le livre des Psaumes, invitation à se poser sous son ombre immense. On devine l'enracinement auprès des eaux de vie, la pause quotidienne et silencieuse, la parole murmurée, méditée. La sagesse, le silence, la patience, l'amoureux dialogue intérieur. 
Jérémie déjà avait trouvé cet arbre, son arbre. Son texte apporte une précision : un verbe est caché dans la terre, mêlé aux racines.  Celui qui fait confiance au Seigneur "est comme un arbre planté près des eaux, qui étend ses racines vers le cours d'eau". Certaines traductions proposent : "qui pousse ses racines". Le verbe hébreu ici employé est aussi souvent traduit par "envoyer". On entend l'énergie, la volonté. L'intuition d'un travail actif bien que souterrain; d'une force  secrète, cachée... et qui n'a pas fini de surprendre par ses fruits.

Béni soit l'homme qui met sa confiance dans le Seigneur
celui dont le Seigneur est l'assurance ! 
Il est comme un arbre planté près des eaux, 
qui pousse ses racines vers le cours d'eau : 
il ne voit pas venir la chaleur 
et son feuillage reste verdoyant ; 
dans l'année de la sécheresse, 
il est sans inquiétude
 et il ne cesse de porter du fruit.
Jérémie 17, 7-8

dimanche 7 décembre 2014


Le passeport d'Elie

C'est un va-nu-pieds qui arpente les terres sans considération aucune des frontières posées au sol par les hommes. De Tishbé à Tyr, du Carmel à l'Horeb, en passant par le Jourdain, Béthel et Jéricho, Elie passe et traverse, criant à la face des puissants, et pleurant aux côtés des torrents.
C'est une époque où Dieu lui-même est relégué aux frontières, les hommes préférant vivre sans Lui et sa loi assommante.
Alors ses prophètes de feu, Elie et Elisée, s'y postent également, à la rencontre de ceux qui veulent bien, comme eux, "se tenir debout devant le Dieu Vivant, le Seigneur d'Israël". Car voilà leur devise, leur seul passeport. Une pauvre veuve étrangère et un général syrien les rejoindront, dans la même tranquille ignorance des critères ethniques et religieux. 
Elie n'a pas eu le sens des limites sur terre, il ne l'aura pas non plus pour celle qui sépare la terre du ciel. Un char fera l'affaire pour passer celle-là.
En sa résistance obstinée aux normes des sédentaires de l'âme, le voilà précurseur d'un messie sans barrières aucunes.